« Pour cette exposition au musée Terra Rossa de Salernes, installé dans une ancienne usine de tomettes, mon travail ne pouvait que se fonder sur la terre ocre qui a fait l’histoire du lieu et sa richesse, notamment culturelle.
Depuis des siècles, cette argile locale constitue la matière première utilisée pour la fabrication des tomettes.
Le centre de mon travail sera donc la matière elle-même, cette terre.
Pour l’apprivoiser, je suis d’abord aller sur place où je l’ai moi-même prélevé et, touché de mes mains, senti, ressenti. Matière première destinée à fabriquer de la céramique, je l’ai ensuite détournée de cette fonction pour en faire mon pigment pictural.
Étalée, frottée, puis fixée par différents liants, la poudre se dépose sur la surface par strates, effacements et coulures. J’ai laissé le temps agir. Soumise à divers effets chimiques, la matière s’est transformée pour faire apparaitre des formes, latentes.
De cette terre au rouge profond, épais, ont ainsi surgi des silhouettes incertaines, à la frontière de l’abstraction et de la figuration. La terre, devenue peinture, se fait alors surface d’apparitions.
À partir de ces émergences, je suis intervenu à l’aide de sanguine, soulignant certains traits, pour rendre davantage perceptible à nos regards, ce que le premier travail de la matière, mutante, avait révélé.
Le travail que je vous présente, se veut être une passerelle entre un produit de la terre nourricière et une recherche plastique contemporaine. J’explore, contemple les effets du temps et d’addition des matériaux du peintre au sol de Salernes. De ce sol, qui fait l’histoire artisanale et artistique du lieu, tourmenté par mon travail, nait une œuvre, qui je l’espère, saura vous attraper et transporter vers d’autres espaces et rêves. » Nathalie broyelle